Lexique des Poisons.


 

 

 

Sources principales : "Sauvages et toxiques", par Marie-Claude Paume.

 

         "Une histoire de la pharmacie : Remèdes, onguents, poisons" par                        Yvan Brohard

 

 

 

 

 

 

Aconit Napel :

 

 

La racine de cette plante est le poison le plus toxique de la flore. Il suffit d'une ingestion de plus de 2g de racine pour tuer un homme adulte. L'aconit napel provoque des démangeaisons, sensations de fourmillements, engourdissement des muscles, hypothermie, troubles de la vue, troubles respiratoires qui peuvent entraîner l'asphyxie. Selon la dose, la mort survient entre 1 et 12 heures. En cas d'ingestion d'aconit napel, la première chose à faire est de vomir, puis de réchauffer le corps en hypothermie et boire du thé ou du café en attendant les secours.

 

 


 

 

Anémone Sylvie :

 

 

Il y a différentes sortes d'anémones, et cette plante n'est pas d'une forte toxicité. Cependant, il a été observé chez les animaux des cas d'intoxication après une forte consommation de ces fleurs. Elles peuvent provoquer des hoquets, un état d'hébétude, des tremblements, dysenterie (= infection intestinale douloureuse). Dans les cas d'intoxication aiguë s'ajoutent à ces symptômes des difficultés cardiaques et respiratoires pouvant entraîner la mort en quelques jours.

 

 

 


 

 

 

Aristoloche clématite :

 

 

Cette plante n'est pas fortement toxique pour l'homme, mais il suffirait de 1 à 2g de racine pour tuer un chien et elle est extrêmement mortelle pour les chevaux. L'acide aristolochique contenu dans la plante peut entraîner à forte dose : crampes d'estomac, diarrhées sanglantes, métrorragies (= écoulement génital de sang, en dehors des périodes de règles), atteinte rénale, convulsions, hypotension et coma.

 

 


 

 

 

Arsenic :

 

 
Probablement le poison le plus connu. Extrêmement dangereux, il est une des rares toxines qu'on peut trouver "à l'état brut", en tant qu'élément chimique (symbole : As, numéro atomique : 33). Il ne dégage aucune odeur sauf quand il est chauffé à plus de 400°C, état dans lequel il dégage une odeur d'ail.

 

Peut provoquer des crachats de sang, hémorragies internes... Néanmoins, à dose extrêmement faible, l'arsenic a été reconnu comme ayant des vertus thérapeutiques contre certains cancers ET contre certaines maladies auto-immunes.

 

 

 

 

 

 

Arum :

 

 

L'arum tacheté et l'arum d'Italie, en particulier, sont très toxiques. Heureusement, les cas d'intoxication sont rarement graves, car le simple fait de mâchonner une feuille ou baie d'arum irrite immédiatement les lèvres et muqueuses de la bouche. Donc on recrache très vite la plante. Néanmoins, l'ingestion d'une quinzaine de baies est mortelle. Ca provoque des brûlures d'estomac, une tuméfaction de la langue et de la gorge, des vomissements et diarrhées, jusqu'à des convulsions et troubles cardiaques. Si on ne soigne pas rapidement l'empoisonné, la mort intervient entre 10 et 12 heures après absorption de la plante ou de ses fruits.

 

 

 


 

 

 

 

Belladone : 

 


Plante extrêmement toxique, elle était néanmoins utilisée comme produit de beauté dans l'ancien temps car elle fait dilater les pupilles et fait un peu loucher, ce qui était un canon de beauté ! Concernant les effets "indésirables", elle provoque - entre autres - des rougeurs du visage, une forte sensation de soif par asséchement des muqueuses, des difficultés pour se tenir debout, des hallucinations et, enfin, la mort en paralysant les voies respiratoires.

 

 

Spoiler sur la nouvelle de Conan Doyle Le détective agonisant :

Sherlock Holmes a utilisé la belladone dans les yeux dans la nouvelle "Le détective agonisant", pour se donner un air malade. Autant dire qu'il jouait avec le feu...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bryone dioïque :

 

 

Cette plante est surtout toxique par sa racine et ses baies. En effet, il suffit de 15 baies pour tuer un enfant, 40 baies pour tuer un adulte et l'absorption de 30g de racine est mortelle. Le simple contact avec la plante peut produire des éruptions cutanées. L'ingestion de baies provoque vomissements violents, diarrhées hémorragiques, convulsions, hypothermie, problèmes cardiaque et oedème aigu du poumon entraînant la mort. L'ingestion de racine provoque plus ou moins les mêmes effets...

 

 

 

 

 

 

Buis :

 

 

L'ingestion de feuilles de buis peut provoquer des troubles digestifs et nerveux. Cette plante amère, ingérée, laisse un goût désagréable dans la bouche et une forte sensation de nausée pendant des heures. A forte dose, elle provoque les symptômes suivants : vomissements, brûlures d'estomac, diarrhées (sanguinolentes ou non), tremblements, sensation de vertige et troubles respiratoires.

Il arrive que des animaux, notamment chevaux et vaches, broute du buis. L'empoisonnement se manifeste alors par des diarrhées et une paralysie des muscles pouvant entraîner la mort.

 

 

 

 

 

 

Chélidoine :

 

 

Cette plante produit un latex particulièrement corrosif, notamment pour les yeux, la peau et les muqueuses. A forte dose, elle provoque vomissements, diarrhées, migraines, soif, vertiges, délires, bradycardie (=rythme cardiaque trop bas), hypothermie, coma et parfois jusqu'à la mort de la victime.

 

 

 

 

 

 

Ciguë :

 

 

Plante contenant de la cicutoxine, une substance qui peut provoquer une mort foudroyante à forte dose. L’absorption de feuilles de ciguë (que l'on peut aisément confondre avec du persil) provoque trente minutes plus tard environ : vomissements, crampes abdominales, tremblements et convulsions, paralysie des muscles, vertiges, difficulté respiratoire. A forte dose s'ajoutent un état de léthargie, une paralysie de la langue, détresse respiratoire et mort par insuffisance rénale.

 

Il y a plusieurs sortes de ciguë, la plus connue étant la "grande ciguë", celle qui fut utilisée pour la condamnation à mort de Socrate. Les Romains avaient remarqué que le vin constituait un bon antidote contre l'absorption de grande ciguë !

 


 

 

 

 

Cuivre :

 

 

 A la base, le cuivre est un élément indispensable au bon fonctionnement de notre corps et tous les jours, on absorbe beaucoup de cuivre en mangeant, buvant et respirant. Mais à plus forte dose, un empoisonnement au cuivre peut survenir. A court terme, cet empoisonnement provoque juste des fièvres semblables à celles de la grippe et on s'en remet au bout de quelques jours.

 

A long terme cependant, une dose excessive de cuivre peut causer des irritations au nez, aux yeux et à la bouche, migraines, maux d'estomac, vomissements, diarrhées, vertiges  et enfin la mort.

 

D'après Edouard Launet dans son ouvrage "Viande froide cornichons", un Américain s''était suicidé en avalant 275 pièces de monnaie, ce qui avait entraîné un empoisonnement mortel au cuivre. Cela pour dire que la dose léthale est vraiment très élevée !

 

 

 

 

 

 

 

Curare :

 


Un des poisons les plus connus. Il a été très longtemps utilisé, parce qu'il était indécelable (aujourd'hui, en revanche, il est très facile de le détecter). Les indiens d'Amérique du Sud trempaient parfois leurs fléchettes dans une mixture à base de curare.


Il provoque une paralysie générale des muscles : d'abord les membres, puis de la poitrine jusqu'au coeur. Une fois le coeur atteint, la mort est inévitable.

 

 

 

 

 

 

 

 Cyanure :

 

 

 

Le cyanure utilisé comme poison se trouve soit sous forme de gaz (cyanure d'hydrogène), soit sous forme de sel (cyanure de potassium et cyanure de sodium). Le cyanure d'hydrogène aurait été utilisé dans les chambres à gaz par les nazis pendant la guerre et, étant naturellement produit par les amandes, il dégage une odeur d'amandes amères. Cependant, certaines personnes n'arrivent pas à détecter cette odeur. Du cyanure se trouve aussi naturellement dans certains noyaux (cerises, abricots...) et dans les pépins de pomme. Un arbre ne poussera pas dans votre ventre si vous avalez des noyaux, en revanche vous risquez un empoisonnement au cyanure.

 

Une intoxication aiguë de cyanure présente les symptômes suivants : coma, convulsions, apnée, arrêt cardio-circulatoire et la mort en seulement quelques minutes.

Une intoxication à dose plus légère peut causer en plus des symptômes précédents une grande fatigue, une gêne respiratoire et des vertiges. Elle cause aussi un rougissement anormal de la peau.

L'exposition régulière à du cyanure, même à très faible dose, peut provoquer à long terme des paralysies.

 

Il a été remarqué que le sucre pouvait aider à évacuer le cyanure de l'organisme, mais il n'est pas suffisant pour servir d'antidote. Cela dit, ingurgiter une forte dose de sucre après un empoisonnement au cyanure peut permettre de gagner du temps en attendant les secours.

 

 

Dose létale : de 2,5 à 5 mg/L de sang.

 

 

 

 

 

 

Datura stramoine :

 

 

Appelée aussi "herbe du diable" ou "herbe des voleurs", la datura stramoine n'a pas bonne réputation. Elle a souvent servi de narcotique entre les mains de personnes malveillantes, et elle est parfois encore utilisée comme drogue par les personnes à la recherche de sensations fortes (dans les "joints").

Elle peut provoquer des vertiges, une forte mydriase (= agrandissement excessif des pupilles), troubles de la vue, sécheresse de la bouche, faiblesse musculaire jusqu'à la difficulté à se tenir debout, tachycardie (=élévation anormale du rythme cardiaque), hallucinations visuelles et auditives, diarrhées, perte des repères spatio-temporels, crises d'angoisse, amnésies...

 

Plusieurs jours plus tard seulement, la personne revient plus ou moins à la normale mais subit une amnésie totale ou partielle de l'expérience, un état d'hébétude et des tremblements incontrôlés des extrémités.

 

En cas d'overdose, la datura stramoine provoque une soif intense, une sensation de strangulation, perte de la voix et de la vue, délires furieux, douleurs cardiaques, paralysie des membres, convulsions, coma et mort.

 

Il faut savoir qu'inhaler des vapeurs de datura stramoine suffit à provoquer des hallucinations pendant des heures...

 

 

 


 

 

 

Digoxine :

 

 

 

C'est une des substances les plus toxiques au monde (la dose létale est de 0,015 mg/L de sang). Pourtant, cette substance extraite de la feuille de digitale laineuse est aussi un médicament qui est parfois utilisé contre les maladies du coeur. En effet, elle permet de diminuer la fréquence cardiaque.

 

Cependant, en cas de surdosage, elle provoque des nausées, des vomissements, des troubles de la vue, un amaigrissement, jusqu'à la mort par arrêt cardiaque.

 

 

 

 

 

 

 

 

Gui :

 

 

Oh, que c'est mignon de s'embrasser sous le gui le soir du nouvel an... Sauf que cette plante, notamment ses baies, est assez toxique. L'absorption de baies de gui peut provoquer à partir d'une certaine dose (il suffit de trois baies pour un enfant) : sensation de soif, vomissements, diarrhées. A partir de 15 baies : apparition possible de troubles cardiaques et neurologiques graves qui peuvent aller jusqu'à provoquer le décès. L'infusion de feuilles de gui n'est bénéfique contre les maladies cardiovasculaires qu'à faible dose. A haute dose, elle provoque une perte de sensibilité et une paralysie du muscle jusqu'au coeur, ce qui entraîne alors un arrêt cardiaque.

 

 

 

 

 


 

 

 

Hellébore :

 

 

 

Plante hautement toxique, même cuite. Elle était parfois utilisée comme purgatif. A forte dose, elle provoque des irritations de la bouche et du système digestif, des vertiges, des vomissements, violentes diarrhées, difficultés respiratoires, convulsions, mydriase (=agrandissement excessif des pupilles), bradycardie (= rythme cardiaque trop bas), mort par arrêt cardiaque.

A faibles doses répétées, le poison s'installe lentement dans l'organisme jusqu'à déclencher une insuffisance cardiaque et la mort.

 

Le contact de la plante, en particulier de son suc, peut faire apparaître des rougeurs et irritations cutanées à l'endroit touché.

 

 

 

 

 

 


 

 

Pulsatille commune :

 

 

Les cas d'intoxication à la pulsatille sont plus courant chez les animaux que chez les humains, mais cette plante reste assez remarquable. En effet, le simple fait de respirer la fleur écrasée suffit à irriter les voies nasales et les yeux. Ses feuilles et fleurs fraîches ont un effet "décapant", presque corrosif, et peuvent déclencher des irritations cutanées lorsqu'on est resté trop longtemps en leur contact.  Ingérée, elle provoque des brûlures d'estomac, nausées, atteinte rénale grave, accélération du rythme cardiaque, stupeur du système nerveux (=engourdissement du système nerveux) jusqu'à la mort. Le suc de 60g de pulsatille commune suffirait à tuer un chien en quelques heures seulement.

 

 

 

 

 


 

 

Ricine :

 

 

 

Substance extrêmement toxique et mortelle extraite des graines de ricin. Elle aurait été utilisée par les services secrets bulgares, notamment dans l'affaire du parapluie bulgare à Londres, en 1978 (pour plus d'informations sur cette affaire, cliquez ici). Les symptômes d'empoisonnement à la ricine changent selon si la ricine est ingérée, inhalée ou injectée. Ingérée, elle provoque des vomissements , spasmes intestinaux violents, diarrhées sanglantes et parfois convulsions jusqu'à la mort.

Inhalée, elle provoque un serrement de la poitrine et des graves difficultés respiratoires pouvant être fatales.

Injectée, elle paralyse les muscles proches de la piqûre, ce qui entraîne la mort par insuffisance rénale.

 

 

 

Petite précision : l'huile de ricin ne contient heureusement pas de ricine, mais peut-être tout de même dangereuse.

 

 

 


Parapluie bulgare simplifié.
Parapluie bulgare simplifié.

Scopolamine:

 

 

 

Alcaloïde contenu dans diverses plantes (dont les datura).

 

La scopolamine a un fort effet sédatif et élimine toute forme de volonté : les personnes en ayant ingéré ne serait-ce qu'un dixième de milligramme se comportent souvent comme des "zombies". Ils sont conscients et parfaitement cohérents, mais perdent tout libre arbitre, ce qui en fait une des plus dangereuses drogues du viol. Les personnes empoisonnées paraissent parfaitement normales, mais en réalité elles ne contrôlent absolument pas leurs actions. La scopolamine a été utilisée fréquemment pendant la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre Froide comme sérum de vérité, mais au vu des nombreux effets indésirables qu'elle cause, elle n'est pas un réel sérum de vérité.

 

A dose relativement faible, elle peut rendre la bouche sèche et causer des hallucinations, de l'amnésie voire des pertes de conscience. Une forte dose peut laisser des séquelles psychiques mais aussi être mortelle. En cas d'overdose, il est conseillé de vomir ou de procéder à un lavage d'estomac pour évacuer le poison.

 

La scopolamine est souvent utilisée dans les drogues, notamment en Colombie où elle est appelée "Le souffle du diable". Les voleurs y utilisent souvent la scopolamine pour que la personne intoxiquée leur remette tous ses biens de valeur. Malgré tout, elle est aussi beaucoup utilisée en médecine, notamment pour soigner la maladie de Parkinson.

 

 

 

 

 

 



Toxines botuliques :

 

 

 

 

Toxines extrêmement mortelles secrétées par une bactérie (Clostridium botulinum) qui se développe notamment dans les charcuteries avariées.

 

Il en existe plusieurs sortes, chacune étant plus ou moins dangereuse pour l'Homme. Il suffirait de quelques milliardièmes de milligramme de toxine botulique de type A pour tuer un être humain ! Et en 2013, la toxine botulique de type H a été découverte par des chercheurs américains lors de l'étude d'un cas de botulisme chez un enfant. Cette nouvelle souche est apparemment extrêmement mortelle, mais les informations sur cette toxine de type H sont classées confidentielles tant qu'aucun remède n'a été trouvé contre elle (plus d'infos ici).

 

 

Les toxines botuliques paralysent tous les muscles, mais contrairement aux toxines tétaniques (liées au tétanos), il s'agit de paralysie dite "flasque" (= avec relâchement musculaire). Les toxines tétaniques en revanche provoquent des paralysies toniques (= avec contraction des muscles). C'est pourquoi la toxine de type A, malgré sa dangerosité, est injectée à infimes doses pour diminuer les rides dans le Botox. Il faut savoir aussi que ces toxines sont résistantes et restent pendant des mois dans le système nerveux.

 

Au vu de la forte toxicité et résistance de ces substances, elles sont parfois utilisées comme armes biologiques dans des actions bioterroristes. C'est pourquoi les informations sur la souche H sont gardées secrètes tant que le remède n'a pas été découvert.